Agriculture

Session Février 2020

Intervention de Mona Braz sur le programme 207 – Améliorer la performance des exploitations agricoles et des filières de production alimentaire.

Texte:

Monsieur le président, monsieur le vice-président, chers collègues,

Nous inscrivons ce débat autour du budget dédié à l’agriculture et à l’agro-alimentaire dans le cadre du bien manger pour tous, de la souveraineté alimentaire bretonne, française et européenne, et, partant de la future PAC.

Le bordereau le souligne, les indicateurs de plusieurs filières de la ferme bretonne sont plutôt positifs mais fragiles dans le contexte d’un marché mondialisé ouvert à la concurrence sur des bases inégales. Nous le disions en ouverture de session, les incidences du Ceta et du Mercosur sur nos productions agricoles, ainsi que l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques, nous obligent à penser la production agricole et alimentaire autrement, dans l’esprit de la Breizh Cop, à savoir, rester une région agricole productive, avec la plus-value de la compétitivité sociale, économique et environnementale.

L’association Produit en Bretagne, forte de ses 430 entreprises employant plus de 110 000 salariés sur les 5 départements bretons, le dit :

« Notre agriculture, en quête de diversification et de valeur ajoutée, vit une profonde mutation et prend de mieux en mieux en compte les nouvelles attentes de la société notamment celles du «mieux-manger». Elle doit être encouragée et accompagnée dans cet effort. Nous nous associons pleinement à l’objectif de faire de la Bretagne la région pionnière du «bien manger» en France et en Europe. Nos savoir-faire et nos innovations sont reconnus par-delà nos frontières, en agro-alimentaire mais aussi dans l’univers de la mer, du numérique, de la cyber sécurité, et plus généralement dans les nouvelles technologies.

Je vais vous faire une confidence : je suis végétarienne. Et c’est à ce titre que je partage avec vous mon effarement devant la viande de laboratoire que les laboratoires américains voudraient, au nom de la croyance dans la science, nous vendre comme la panacée alimentaire et environnementale à venir. Le cabinet de conseil américain Kearney estime qu’en 2040, 35% de la viande consommée dans le monde proviendra de la viande synthétique, même si actuellement le prix du vrai steak haché de viande est de 8 euros le kg et celui de la viande de synthèse est de 800 euros le kg. N’appelons pas ça du bien manger, mais de la mal-bouffe ! Face à cette offensive de l’industrie de synthèse américaine, défendons nos éleveurs et leurs savoir-faire ancestraux Alors que l’élevage est de fait un gros contributeur de gaz à effet de serre et un gros contributeur à la capture du carbone, cultiver la viande à partir de cellules souches est présenté sur le papier comme une alternative plus durable. Pourtant, à terme, le bénéfice en matière de réchauffement climatique pourrait s’inverser, estime l’université d’Oxford dans une étude publiée en 2019. Le steak de synthèse ne serait pas du tout aussi vertueux que présenté. Déjà en 2015, une étude publiée dans la revue Environnement Science & Technology avait conclu que la viande in vitro nécessitait plus d’énergie que l’élevage de bœuf, de porc ou de poulet. Jean-François Hocquette, chercheur à l’Inra et coordonnateur d’une étude sur le sujet, affirme de son côté : « La culture de cellules nécessite des hormones, des facteurs de croissance, du sérum de veau fœtal, des antibiotiques et des fongicides qui vont se retrouver dans les eaux usées des usines, et ces éléments ne sont pas pris en compte par les promoteurs de la viande de laboratoire.»

Alors, oui, face à cette concurrence sans nom qui ferait passer notre civilisation du modèle de l’élevage à celui de la production industrielle de viande de synthèse ; soutenons en Bretagne le modèle des fermes familiales soucieuses du bien-être des paysans autant que du bien-être animal pour le bien manger de tous. Nous devrions débattre en avril de notre demande d’expérimenter la gestion des deux piliers de la PAC et nous nous exprimerons plus longuement à ce moment-là sur ce sujet. Mais il est important d’affirmer que nous avons besoin de maîtriser ces deux piliers pour l’aménagement équilibré de nos territoires, que nous puissions renouveler les générations dans l’agriculture et faciliter l’installation de jeunes et de familles de paysans qui seront autant d’acteurs de la production alimentaire de qualité et de la production d’énergies renouvelables, qui seront acteurs de la transition écologique et climatique, acteurs de la biodiversité et de la qualité de l’eau, et rémunérés pour ces services rendus à la planète et aux habitants de nos territoires.

Les circonstances climatiques, économiques et sociales nous invitent à convertir l’agriculture et l’élevage à l’agroécologie. Ne ratons pas ce rendez-vous avec notre avenir. Le Courrier International d’ hier relaie un article qui titre « Cessez d’ être pingre dès qu’ il s’ agit de nourriture ! » et qui dans le corps de l’ article dit: « débourser des centaines d’ euros voire plus de 1.000 euros pour un téléphone portable, mais faire le rapiat sur la nourriture, ça ne peut plus continuer. La qualité de l’ alimentation est au cœur des préoccupations des Allemands mais, paradoxe, peu sont disposés à y mettre le prix. Ce rapport à la nourriture, à sa qualité, à son prix nous concerne aussi, et les tendances d’ aujourd’hui sont autant d’ indicateurs qui montrent cette croisée des chemins entre mal-bouffe et bien-manger, entre un monde vidé de ses paysans ou plein de ceux-ci. La Bretagne affiche son choix, ce sera avec les agriculteurs et les éleveurs.

Je vous remercie