Formation/Education

Session Février 2020

Intervention de Mona Bras sur la feuille de route du numérique.

Texte:

Monsieur le président, monsieur le vice-président, chers collègues,

J’aborderai ce bordereau sous l’angle des biens communs, à partir des enjeux humains, sociaux et environnementaux soulevés par le développement du numérique. Ces enjeux nous les mesurons dans cette feuille de route, à l’aune de l’éthique et de la responsabilité, valeurs portée par la démarche Breizh Cop.

Première question : que mettons-nous derrière le label « numérique responsable » ?

Nous savons que les outils et les usages du numériques sont gros consommateurs, pour ne pas dire consommateurs gloutons de matières premières rares, polluantes et non renouvelables souvent extraites dans des conditions sanitaires, environnementales, sociales et économiques  inacceptables. La gloutonnerie énergétique est aussi ce qui singularise le numérique. La transition numérique tant vantée comme un progrès pourrait donc s’avérer être un facteur aggravant du changement climatique. Une approche responsable et éthique voudrait  que soit mise en place une économie circulaire spécialisée autour de la récupération des métaux rares exigés par le numérique. Une autre approche, mais qui dépasse notre champ de compétence, voudrait que les fabricants soient contraints par la réglementation de produire des technologies durables, donc hors obsolescence programmée, réparables et beaucoup moins gourmandes en énergie. La marge de progrès est considérable.

La deuxième question que je pose concerne les enjeux humains et sociaux du numérique. J’ai été très surprise de découvrir que l’école Polytechnique avait organisé le 14 janvier 2019, dans le cadre d’une semaine de réflexion sur l’homme augmenté, une conférence sous l’égide du médecin transhumaniste Laurent Alexandre, qui y défendait l’apprentissage de l’intelligence artificielle pour je le cite, «en finir avec ces gilets jaunes et les inégalités intellectuelles qu’ils représentent… je ne pense pas que ce sont les gilets jaunes qui vont gérer la complexité du monde qui vient, le monde complexe de demain ne peut être géré que par des intellectuels.»… Autant dire de l’eugénisme numérique.  Comme en écho, l’historien israélien Yuval Noah Harari nous alerte en écrivant que : «plus que du chômage de masse, nous devrions nous inquiéter du glissement de l’autorité des hommes aux algorithmes, lequel risque de détruire le peu de foi qui subsiste dans le récit libéral et d’ouvrir la voie à l’essor de dictatures digitales ».  L’historien Harari présente là un risque qu’il faut prendre au sérieux, mais qui n’est pas une fatalité. Il signale qu’il y a urgence pour le genre humain à garder le contrôle, et que s’impose une remise en cause des méthodes classiques et datées, devenues doctrines, par lesquelles nos sociétés se sont construites, en particulier le capitalisme. Il distingue le capitalisme du libéralisme, et distingue ce dernier du  libéralisme économique.

De quoi méditer n’est-ce pas ? Nous ne pourrions pas dire que nous ne savions pas que le climat, mais aussi la démocratie étaient liés à la manière dont nous allions considérer le numérique.

Alors, oui, une stratégie numérique pour la Bretagne et ses habitants, mais pas à n’importe quel prix. La fracture numérique existe et c’est une véritable maltraitance institutionnelle de la part de l’Etat et des services publics que d’obliger tout le monde à passer au numérique : impôts, eau, gaz, électricité, Pôle emploi, Sécurité sociale, permis de conduire, etc… Alors qu’au Canada par exemple, les citoyens peuvent choisir entre le papier et le numérique pour l’ensemble de leurs démarches administratives et officielles  

Et  notre volonté de mettre le numérique au service de l’humain en nous positionnant clairement pour le numérique inclusif, se heurte à cette posture transhumaniste de l’Etat qui aggrave les inégalités dans l’accès aux droits et aux services publics de trop nombreux concitoyens. Notre volonté d’être dans la bienveillance numérique dans des dispositifs d’accompagnement pour les personnes en situations d’illectronisme est un vrai défi humaniste et social.

Notre volonté d’accompagner aussi les commerçants et artisans, notamment dans les centre-villes et centre-bourgs, souligne le souci que nous avons d’ouvrir pour eux et avec eux, les champs de nouveaux possibles de développement de leurs activités. Ceci se met en place au fur et à mesure que la fibre et le THD irriguent les territoires bretons.

Enfin, considérer que l’open-data est aussi important que la protection des données personnelles est un autre enjeu de démocratie pour l’accès public et gratuit au maximum d’informations.

Les Régionalistes tiennent à faire part de leur satisfaction de voir le numérique être un vrai sujet politique pour notre collectivité.

Je vous remercie.