Politique générale

SESSION FEVRIER 2020

Discours de Mona Bras

Texte:

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Cette session est importante puisqu’il s’agit du premier budget « Breizh-Copé » de la mandature. L’occasion de montrer comment notre action publique et nos décisions politiques  permettent d’améliorer dans la vie quotidienne des habitants de la région Bretagne.

  D’ores et déjà félicitons-nous de la bonne santé de l’économie bretonne. Un quotidien régional titrait mardi dernier « Tous les voyants sont au vert en Bretagne » (l’écriture inclusive aurait donné une forme humoristique car : tous les voyants et les voyantes sont au vert en Bretagne…Vous l’aurez deviné je viens de gagner un pari). Effectivement, tous les voyants sont au vert en Bretagne car, non seulement Nantes et Rennes sont parmi les 10 grandes villes de France où il fait bon mieux vivre qu’ailleurs (Paris est à la 58è place), mais de plus, les carnets de commandes des entreprises bretonnes sont pleins, se heurtant à la limite du manque de main d’œuvre qualifiée ; les créations d’entreprises sont à la hausse alors que les défaillances restent limitées ; et enfin si les indicateurs de l’agriculture sont globalement positifs, les incidences du Ceta et du Mercosur sur la ferme bretonne sont à prendre au sérieux

Ce budget passe aussi par l’examen lucide de la mise en œuvre du pacte pour la Bretagne entre l’État et les collectivités territoriales, annoncé par le président de la République dans son discours de Quimper, en juin 2018. Où en sommes-nous des ambitions girondines affichées ce jour là ? Où en sommes-nous de la mise en œuvre du contrat signé le 7 février 2019 entre le Premier ministre et vous-même Monsieur le Président ?

Il s’agissait  pour rappel,  

1)    D’améliorer l’accessibilité de la Bretagne et la mobilité du quotidien

2)    D’accélérer les transitions énergétique et écologique

3)    de conforter l’équilibre social et territorial

4)    de valoriser le caractère maritime de la Bretagne

5)    de renforcer la compétitivité bretonne, avec un fort ciblage sur les productions agricoles et agro-alimentaires  –  Et enfin,

6)    de renforcer le rayonnement breton par la valorisation de son identité, de ses cultures et de ses langues.

En 2018 également, le Premier ministre gallois évoquait la possible création d’une Eurorégion entre le Pays de Galles et la Bretagne en raison du Brexit. Nous y sommes, le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne, donnant du crédit à cette volonté celtique et européenne d’une collaboration politique, culturelle et économique  trans-Manche qui inclurait l’Irlande pour laquelle l’heure de la réunification semble se rapprocher avec le Brexit et la victoire aux législatives, dimanche dernier, du parti de gauche et nationaliste irlandais qu’est le Sinn Fein.

La question se pose à nous monsieur le Président, madame la vice-présidente aux questions européennes et internationales : quels moyens nous donnons-nous pour aller vers la création de cette euro-région celtique ? La presqu’île bretonne étant le pont entre le continent européen d’un côté, et de l’autre l’Irlande, le Pays de Galles et l’Ecosse.

Je reviens à la région Bretagne.

Autre question de démocratie territoriale, celle de la réunification de la Bretagne pour laquelle 105.000 habitants de Loire-Atlantique inscrits sur les listes électorales réclament un référendum. Pour nous Régionalistes, la question de l’Assemblée de Bretagne ne doit pas faire oublier celle de ce contentieux territorial qui n’a que trop duré.

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Concernant l’accessibilité et les mobilités, la naissance du mouvement des Gilets jaunes à partir de ces questions, montre la nécessité de continuer à investir dans les aménagements structurants des réseaux cars, trains, bateaux, co-voiturage,  dans le double objectif écologique de décarbonner les mobilités, et social de faciliter financièrement les mobilités du quotidien. La loi LOM doit se traduire par une réelle coordination et coopération entre la Région et les EPCI autour des schémas de déplacement, faute de quoi, cette loi deviendrait «lomig» diminutif de Lom, avec tout ce que diminutif sous-entendrait…

Les Régionalistes soulignent la pertinence écologique et sociale du choix fait sous la proposition de Gérard Lahellec, de maintenir le service du train dans le service public contrairement aux autres Régions qui ont opté pour la mise en concurrence dans le secteur privé ; et de la tarification Breizh Go, qui exprime ce que nous sommes, à savoir, la Breizh Gauche au service des familles, des travailleurs, des scolaires, des habitants de tous les territoires de notre région, et au service du climat par la réduction des gaz à effet de serre.

Concernant les transitions  et la bascule énergétique et écologique, l’actualité locale et planétaire nous dicte la ligne de conduite qui ne peut être que coopérative et collaborative entre les Etats et les continents, entre l’Etat, les Régions, les collectivités locales, les entreprises, les associations et l’ensemble des citoyens.    « Le sort de l’humanité en général sera celui qu’elle méritera. » disait Albert Einstein en 1934. Alors, méritons ensemble le monde que nous sommes en train de reconstruire sur de nouvelles bases, pour nous-mêmes mais surtout pour nos enfants et petits-enfants. Charles Eisenstein, jeune enseignant de 53 ans à l’Université de Yale aux USA, promeut l’idée d’une «économie sacrée», titre donné à l’un de ses ouvrages dans lequel il affirme : «Dans chaque institution de notre civilisation, aussi horrible et corrompue soit-elle, il y a le germe de quelque chose de beau L’argent n’est pas une exception. Son but d’origine était simplement de relier les dons humains aux besoins humains, afin que nous puissions tous vivre dans une plus grande abondance. Et l’argent a fini par générer du manque à la place de l’abondance, de la séparation plutôt que de la connexion.» Et Charles Eisenstein nous propose des voies pour vivre dans un monde du cadeau.

Monsieur le président, je préfère le monde du cadeau au monde des tableurs Excel, de la finance, des prédateurs économiques et des rentiers. Et c’est dans ce sens  que va l’action de notre vice-présidente Georgette Bréard  lorsqu’elle met toute son énergie à donner du sens et de la dignité à la formation professionnelle, à l’apprentissage, à l’insertion par le travail et les compétences. Rappelons ici, entre autre, l’efficacité des Comités Territoriaux Emploi Formation au sein desquels travaillent ensemble Etat et Région bien sûr, mais surtout tous les acteurs depuis les organismes de formation jusqu’aux chambres consulaires en passant par les syndicats de salariés ; rappelons aussi les plus de 572 millions d’€uros  investis en Bretagne sur 4 ans pour former

91 000 personnes en recherche d’emploi.

Aussi, avec le fil rouge de la Breizh Cop, après le temps nécessaire de la réflexion concertée, nous entrons dans le FAIRE, F. A. I. R. E Et notre vice-président Thierry Burlot porte avec enthousiasme le développement soutenable et l’écologie solidaire pour mieux féconder tous les secteurs d’intervention et d’action de la Région.

Qui dit budget Breizhcopé, dit équilibres territoriaux et justice sociale, dit ménagement des territoires, y compris ce qui fait notre différence et notre spécificité, à savoir notre identité maritime forte des  mille îles et îlots bretons, …Cette question d’aménagement se fait de plus en plus pressante avec l’arrivée annoncée de plus de 400.000 nouveaux habitants dans les trente années à venir, en raison des effets du changement climatique y compris en France  L’accueil de ces nouvelles populations impacte déjà l’accès à la ressource en eau, au logement, au foncier, aux services, aux transports qui sont des questions concernant les collectivités, les services publics, les entreprises et les commerces.

La Bretagne futur Eldorado du changement climatique ? Soyons vigilants, cette attractivité doit se conjuguer aussi avec la revitalisation de notre maillage urbain unique en Europe, c’est-à-dire avec la revitalisation des centre-villes et des centre-bourgs et avec l’émergence de nouveaux dispositifs économiques et fiscaux aidant à aller dans ce sens.

Ce ménagement des territoires concerne aussi la vocation agricole et alimentaire de la Bretagne. L’agriculture et les paysans sont une partie importante de la réponse aux enjeux du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversité et de la question de l’eau, tant en quantité qu’en qualité. Mais comment imaginer le maintien, ou le développement de notre agriculture productive, sans le maintien d’une PAC volontariste et offensive au niveau européen, sans la régionalisation des deux piliers de cette PAC. Comment imaginer contourner les effets mortifères des traités de soi-disant libre-échange tels que Ceta et Mercosur ? Nous savons que l’Union Européenne, c’est-à-dire les Etats-membres, s’engage à importer chaque année 100 000 tonnes de viande de bœuf, 180.000 tonnes de volailles, 25.000 tonnes de porc, et  45.000 tonnes de miel. En contrepartie, les Etats concernés par ces traités, s’engagent à importer de l’aéronautique, des produits pharmaceutiques, de l’automobile, des parfums et cosmétiques ;  et quelques produits « agricoles » dont le champagne et le cognac. Autant dire que la Bretagne sera  impactée en première ligne par les produits alimentaires entrants.

Aussi, le temps est venu de penser autrement l’agriculture, pour produire davantage de valeur ajoutée, afin de nous retirer de la concurrence frontale et inégale avec des productions à bas-coût du reste du monde…

Pour conclure, le rayonnement de la Bretagne par la valorisation de son identité, de ses cultures et de ses langues.

La campagne emojibzh a montré l’attachement des Bretons à leur région

La Bretagne c’est aussi la langue bretonne et le gallo….

Sur la question du tilde, la ministre a envoyé un signal, mais celui-ci semble bien plus faible que celui émis depuis une galaxie voisine et détecté par un téléscope canadien…

Malgré le travail collectif, Région, parlementaires, associations, familles…rien n’est gagné et il nous faut rester vigilants et rappeler que certains de ceux qui se mobilisés sur le tilde semblent bien plus timorés lorsqu’il faut parler du statut des langues régionales, quand il faut sécuriser juridiquement les écoles immersives telles que Diwan. On l’a vu avec la PPL de notre collègue Paul Molac : « il y a ceux qui embrassent le sujet dans sa globalité et ceux qui se contentent des symboles » comme le disait déjà Armand Keravel en 1985, pour Ar Falz et Emgleo Breizh  dans son mémorandum de 230 pages.

Cette proposition de projet de loi de Paul Molac qui est actuellement en train de le défendre à l’Assemblée nationale, fait écho à trois  propositions de loi de députés bretons de l’après-guerre. Des projets de loi de 1947, soutenu par les députés communistes Hervé, Cachin, Hamon, à celui de 1948, soutenu par les députés Vourc’h (RPF), Le Coent (PCF), Trémintin (MRP), en passant par le projet de Louis Le Pensec de 1981, jusqu’au projet de notre ami Paul Molac de 2020, la langue bretonne, après avoir été si longtemps langue proscrite, aujourd’hui tolérée, n’a toujours aucun statut juridique : ni langue nationale (comme l’est le gallois au Pays de Galles), ni langue officielle, ni langue favorisée.

Faut-il rappeler deux promesses de chefs d’État ? Celle de Valéry Giscard d’Estaing, en 1977, appelant à la reconnaissance de « la dignité et la valeur » de la langue bretonne, et celle de François Mitterrand, en 1981, déclarant:  » Le temps et venu d’un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence réelle. »

Nous nous heurtons toujours au même mur. Seule différence, le breton a droit aujourd’hui à quelques soins palliatifs pour accompagner une mort lente voulue par les jacobins de tout poil  et de toutes couleurs.

Il appartient aux élus de cette assemblée de dénoncer la façon dont le projet de loi de Paul Molac est dénaturé et de demander au pouvoir central de respecter la volonté très majoritaire des Bretons. Un emoji gwenn ha du c’est bien, la reconnaissance de nos langues, breton et gallo, c’est mieux.

Question orale du Groupe des Régionalistes, portée par Mona Braz, sur l’accompagnement nécessaire auprès de la commune de Carhaix et auprès du Festival des Vieilles Charrues pour accompagner la dynamique du centre-Bretagne.

Texte: Monsieur le Président,

La Bretagne est une terre de festivals. Des festivals portés par des bénévoles et des acteurs du territoire. C’est vrai dans le cinéma, à Douarnenez ou à Groix, dans le théatre à Lanester, dans la radio à Brest, dans la musique à Paimpol, à Lorient, à Rennes à Carhaix et bien d’autres. Certains sont nés avec des projets éditoriaux assumés, d’autres avec des envies de développement local.
Chacun d’eux ont des retombées économiques importantes sur leur environnement socio-économique. Nous avons reçu une étude qui par exemple montre l’impact des Vieilles Charrues sur le Poher à 18 millions d’euros de retombées économiques.
Ce festival fait face aujourd’hui à une crise de croissance qui nécessite quelques aménagements d’avenir sur un site qui nous est cher, à nous région Bretagne, le site de Kerampuil. C’est un site sur lequel nous intervenons déjà à différents titre de manière volontariste depuis de nombreuses années.
Aussi, monsieur le président, nous vous demandons si la Région Bretagne pourrait prendre quelques initiatives qui permettent d’accompagner la commune de Carhaix et son festival dans l’amélioration de son cadre d’accueil. Nous sommes dans une région où les festivals sont d’abord le résultat de l’investissement des acteurs locaux, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs. Lorsqu’ils se développent et que la collectivité locale est au rendez-vous, la Région Bretagne doit prendre sa part également au bénéfice de tous.

Réponse du Président Loïg Chesnais-Girard à la Question orale du Groupe des Régionalistes portée par Mona Braz à propos de l’accompagnement nécessaire auprès de la commune de Carhaix et auprès du Festival des Vieilles Charrues pour accompagner la dynamique du centre-Bretagne.