Santé/Environnement/Energie

SESSION JUILLET 2020

Engagement pour la préservation et la valorisation de la biodiversité et des ressources.

Intervention de Mona Bras:

Texte:

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les vice-présidents, mes chers collègues,

cette feuille de route nous propose de décliner l’un des engagements prioritaires de la BreizhCOP dans un contexte où la Bretagne n’échappe pas à l’érosion rapide et inquiétante de la biodiversité sachant que l’échelon régional est identifié comme le plus pertinent par l’Unesco pour stopper et inverser le déclin de la biodiversité.

Nous ne sommes que des humains, et malgré notre suffisance vis-à-vis de la nature, peut-être sommes-nous dépassés en terme de forme d’intelligence inédite par les céphalopodes qui ont 9 cerveaux, 3 cœurs et 8 bras.

Pour autant, si chacun peut contribuer à la préservation de la biodiversité, à sa restauration, à sa valorisation et à son utilisation durable ; certains acteurs ont plus d’impact que d’autres.

A notre niveau, notre responsabilité est de construire nos politiques à l’aune de la hiérarchie de la séquence «Eviter-Réduire-Compenser», c’est-à-dire en priorisant toujours un soutien à l’évitement des atteintes aux écosystèmes et à leur biodiversité. En effet, toutes nos politiques sectorielles sont concernées, et certaines plus que d’autres. Je citerai l’agriculture et l’alimentation dont la résilience passe par la gestion directe des deux piliers de la PAC par la Région Bretagne, une gestion au service de la transition d’un modèle de dépendances «fuel-OGM-maïs-intrants» dénoncé régulièrement par notre collègue Olivier Allain, qui détruit l’environnement et pousse tant de paysans au suicide, ici et ailleurs ; à un modèle productif de résilience qui stocke du carbone et qui garantisse aussi des revenus décents aux paysans.

Je citerai les transports et j’y reviendrai dans nos débats sur le déploiement de l’hydrogène renouvelable. Je citerai l’aménagement du territoire car la crise sanitaire a révélé les effets délétères de la promiscuité des humains et de la surpopulation des logements dans les métropoles, promiscuité qui s’est traduite ici en Bretagne par une flambée inattendue du marché immobilier et de ses prix. Notre qualité de vie étant aux antipodes de celle en métropole et région parisienne.

Après les Gilets jaunes qui étaient restés à l’ extérieur de ces bâtiments et avaient demandé un rendez-vous accordé, et les Coquelicots, nous avons eu la séquence de la crise sanitaire qui a rendu possible ce qui semblait impossible avant : un desserrement de l’étau budgétaire, la défense de l’Etat-providence par ceux-là mêmes qui œuvraient hier à son démantèlement, et une chute des émissions de gaz à effet de serre. Mais, attention ! Diwallomp ! La relance post Covid doit être l’ occasion d’ emprunter le chemin de la résilience, ce que nous faisons à notre niveau en Bretagne, et l’ occasion d’ emprunter le chemin de la justice fiscale et sociale.

Je vais vous parler du biorégionalisme, un mot et une vision du monde qui me plaisent beaucoup puisqu’il marie le biologique, le vivant, et le niveau régional. Alors, kézaco le biorégionalisme ? C’est une utopie née en Californie dans les années 70 du siècle dernier, qui a son manifeste et sa littérature dont deux titres traduits en français : «L’Art d’habiter la Terre» et «Les Territoires du vivant».

Les liens culturels que les hommes ont tissés avec le territoire qu’ils habitent ont leur importance, et nous le savons en Bretagne. Chaque biorégion est différente, en raison de ses critères écosystémiques, mais aussi de la manière dont elle a été habitée et qui a donné naissance à des cultures si diverses confirmant le fait que biodiversité et diversité culturelle sont indissociables. Regardons les tribus amérindiennes et regardons comment nous, habitants de la Bretagne, habitons notre territoire.

Le biorégionalisme cherche à renforcer des liens harmonieux entre nature et culture en dépassant les frontières administratives insensées, et la réunification de la Bretagne trouve là une justification écologique pressentie par Eaux et Rivières de Bretagne créée et structurée sur les cinq départements bretons dès 1969 par des naturalistes et des pêcheurs inquiets de la disparition du saumon des rivières de Bretagne.

Sortir l’être humain de sa réduction à l’état de consommateur consumériste, c’est le faire devenir l’usager respectueux de son territoire. Et, le biorégionalisme propose de relocaliser les activités économiques, de renforcer l’autonomie énergétique et alimentaire des régions et d’y instaurer des démocraties participatives. Je m’y retrouve complètement et j’y retrouve aussi notre BreizhCop qui faisait du biorégionalisme sans le savoir…

Alors, nous ne sommes pas des céphalopodes, nous n’avons ni 9 cerveaux, ni 3 cœurs ni 8 bras, mais nous sommes des élus régionaux engagés. Aussi, parmi les six actions prévues dans notre engagement, l’expérimentation du «1% biodiversité» est-elle une belle initiative que nous applaudissons, tout comme la mise en œuvre de la conditionnalité et de la différenciation des aides régionales sur des critères environnementaux clairs et lisibles. Quant au déploiement de l’usage des matériaux biosourcés ou recyclés pour doubler, d’ici 3 ans, leur utilisation sur les chantiers dans les territoires de Bretagne ; nous ne pouvons que rapprocher cet objectif de la nouvelle formation pionnière « référent en économie circulaire et low tech » hébergée par le CFPPA du lycée de Kernilien dans le cadre de la Low Tech Skol, près de Guingamp.

Le XXIè siècle sera spirituel ou ne sera pas avait dit André Malraux, je pourrai paraphraser en disant que le XXIè siècle sera celui du biorégionalisme ou ne sera pas, et c’ est une question qui nous concerne toutes et tous.

Merci de votre attention.

Démarche bretonne pour une économie circulaire: feuille de route

Intervention de Mona Bras

Texte:

Monsieur le Président, chers collègues,

Concernant la feuille de route de notre démarche d’ économie circulaire, je trouvais intéressant de rappeler une définition simple de ce qu’ est ce modèle économique de rupture avec l’ économie linéaire qui domine encore aujourd’hui autour de quatre verbes : extraire, fabriquer, consommer et jeter.

L’ économie circulaire promeut donc la production de biens et de services de manière durable, en limitant la consommation et le gaspillage des ressources que sont les matières premières, l’ eau et l’ énergie. Je souligne ici la belle synchronicité entre la naissance de ce concept dans les années 1970, en même temps que l’ émergence du concept de biorégionalisme et la création de l’ association Eaux et Rivières de Bretagne.

Notre collègue Paul Molac nous le rappelait hier : l’ humanité vit au-dessus de ses moyens et le « Jour du dépassement » des limites de prélèvements sur les ressources renouvelables, intervient de plus en plus tôt dans le calendrier quant aux ressources non renouvelables : énergie métaux.

Le quotidien Le Monde, dans son édition de mercredi, nous a apporté la démonstration qu’ aujourd’hui plus que jamais, être à l’ Ouest est une qualité et un atout. Je cite : « Complètement à l’ Ouest aujourd’hui est un éloge à la limite du dithyrambe. On s’ en sert pour distinguer ceux qui voient loin, prennent un temps d’ avancer et savent où ils sont ». Alors oui, soyons fiers d’ être complètement à l’ Ouest.

Et comme l’ aurait dit le regretté Raymond Devos, ceci n’ est pas parler pour ne rien dire car, question économie circulaire, nous ne tournons pas en rond et ne cherchons pas à mettre les têtes au carré.

La question de l’ économie circulaire dans le secteur alimentaire est plus sensible ici en Bretagne. Nous savons que 30% de la production agricole mondiale est perdue, jetée ou gaspillée. L’ économie circulaire versus alimentaire voudrait que nous sortions des accords de libre-échange CETA et MERCOSUR qui frappent directement nos éleveurs qui sont le premier maillon des circuits courts alimentaires.

Notre feuille de route identifie des axes de formation dans les actions déclinant l’ entrée dans ce nouveau modèle économique. La formation est nécessaire pour l’ appropriation des enjeux et des modalités de mise en œuvre de l’ économie circulaire par les acteurs de la vie économique et sociale, qu’ il s’ agisse d’ entreprises, de collectivités, d’ associations.

L’ enjeu est le même que celui qu’ a rencontré l’ intégration du concept de développement durable dans les cursus de formation.

Concilier les usines, les entreprises et l’ écologie, c’ est quitter les excès de productivisme pour entrer dans l’ économie productive prenant en compte les limites des ressources naturelles, le bien-être des travailleurs et l’ intérêt qualitatif des consommateurs.

Pour conclure, notre ambition régionale en termes d’ économie circulaire mériteraient les qualificatifs de pragmatisme et de bienveillance.

Réjouissons-nous du paquet mobilités adopté le mercredi 8 juillet par l’ Union européenne. En effet, il vise à améliorer les conditions de travail de chauffeurs et à éviter les distorsions de concurrence par le dumping social des entreprises de transports des pays de l’ Est.

Déploiement de l’ hydrogène renouvelable: feuille de route bretonne 2030

Intervention de Mona Bras:

Texte:

Monsieur le Président, chers collègues,

Ouest-France d’ hier consacrait une page entière à l’ hydrogène français qui bout d’ impatience. La filière hexagonale s’ impatiente face au manque d’ ambition de l’ Etat. Un Etat français piégé dans sa croyance dogmatique en l’ énergie nucléaire qui pourtant est abandonnée partout ailleurs sur la planète.

La Commission européenne publiait hier sa stratégie hydrogène, l’ Allemagne y consacre 9 milliards des 130 milliards de son plan de relance et la France creuse sa singularité négative en laissant ce secteur industriel d’ avenir en friche.

Dans cette logique en poupées gigognes, Europe, Allemagne, France et Bretagne, j’ en arrive à la feuille de route 2030 du déploiement de l’ hydrogène renouvelable. Cette ambition bretonne à quatre objectifs de la Breizh Cop, dont celui de la réduction par quatre des émissions de gaz à effet de serre d’ ici 2050. Ce qui nous fait entrer de fait dans le facteur 4 avec la volonté de produire autant de richesses en utilisant quatre fois moins de matières premières et d’ énergie.

Rappelons nous l’ automne 2017 et le phénomène des Gilets Jaunes né de la révolte populaire générée par la hausse des prix des carburants. La question des déplacements du quotidien reste posée. Tout le monde n’ habite pas une métropole avec bus ou métro près de chez soi. Ici en Bretagne, la maille urbaine si singulière participe de notre identité et de notre qualité de vie. Mais même avec un schéma régional des transports idéal, le déplacement en voiture particulière restera incontournable et les flottes de camions nécessaires à nos activités économiques productives continueront à rouler sur nos routes car le train ne passe pas partout, même en cas de ferroutage.

Aussi, le monde d’ après sera celui que nous définirons aujourd’hui. L’ énergie de demain, que nous voulons renouvelable et accessible, déconnectée du nucléaire, sera diverse, ce fameux bouquet énergétique dont l’ hydrogène renouvelable sera un élément phare qui nécessitera une stratégie industrielle liée à cette ressource bretonne qu’ est l’ eau de mer dont nous disposons en volumes conséquents. Ceci irait dans le sens de la souveraineté et de l’ autonomie énergétique de la Bretagne.

Je suis de la génération Goldorak et « Retour vers le futur » et ma curiosité m’ a poussée à m’ intéresser aux travaux de Nikola Tesla, ce scientifique auquel nous devons le concept d’ énergie libre et gratuite – énergie du vide ou énergie électro-magnétique – qui serait à disposition dans l’ univers et la matière, et l’ Inde considère ce sujet comme une fierté nationale. La part de rêve a besoin d’ être mesurée avant le passage à l’ action. Aussi, nous soulignons ici l’ adéquation de notre ambition hydrogène renouvelable avec le fil rouge « des usines et de l’ écologie ». La co-construction de cette feuille de route incarne une fois de plus notre méthode bretonne du faire ensemble.

Les enjeux sont planétaires et d’ avenir, et notre ambition est réelle. Pour autant, seule une véritable régionalisation donnera à notre ambition les moyens dont elle a besoin pour établir et mettre en œuvre la feuille de route industrielle de cette filière créatrice d’ emplois indissociable des filières d’ énergie marine renouvelable, de méthanisation, biogaz, solaire et éolienne.

Alors oui, « vivre, travailler, décider en Bretagne et produire de l’ hydrogène renouvelable en Bretagne », dans cette période de crise, voilà de quoi colorer l’ horizon de la couleur de la confiance et de l’ autonomie par les actes !